- Artagan est l’auteur de Nous étions deux et Cannibal Western.
- Son univers associe récit personnel, satire sociale, humour et réflexion sur la justice.
- Artagan.fr est le site officiel consacré à l’auteur, à ses livres et à leurs univers.
NOM D’AUTEUR · UNIVERS ARTISTIQUE
Artagan
Artagan auteur : observer le monde, le dessiner avec des mots et transformer ce que je vois en histoires.
Pourquoi j’écris
J’écris pour dessiner ce que je vois et que je suis incapable de dessiner avec un crayon.
Depuis l’enfance, je suis incapable de dessiner à main levée. On me l’a souvent reproché. Ce qui pouvait sembler n’être qu’une difficulté d’enfant est parfois allé beaucoup plus loin, jusqu’aux moqueries et aux insultes.
Pourtant, j’avais des images, des personnages, des situations et des histoires dans la tête. Je ne savais simplement pas les dessiner avec un crayon.
Alors j’ai commencé à écrire.
Les mots sont devenus mes crayons.
Avec eux, je pouvais enfin dessiner ce que je voyais. Créer un personnage, un visage, une rue, un paysage, une époque ou tout un univers. Et je pouvais faire davantage encore : donner à mes personnages une voix, une histoire, des sentiments, des défauts et des contradictions.
C’est bien plus tard que j’ai trouvé une manière de contourner mon incapacité à dessiner. Lorsque j’ai dû créer des designs pour des guitares, j’ai utilisé des calques, des découpages et des assemblages pour parvenir à réaliser les images que j’avais imaginées.
Finalement, j’avais fait avec l’image ce que je faisais depuis longtemps avec l’écriture : trouver un autre chemin pour donner une forme à ce que je voyais dans ma tête.
Un professeur qui m’a ouvert les portes
J’avais 17 ans lorsque j’ai eu la chance de rencontrer un professeur de français incroyable.
Il avait une vingtaine d’années en Mai 68 et nous racontait cette époque avec une liberté qui nous fascinait. Il nous parlait aussi de ces anciens élèves marginaux qu’il avait rencontrés, de garçons et de filles qui avaient refusé les chemins tout tracés pour choisir une autre existence. Certains étaient même partis devenir éleveurs de chèvres.
À travers leurs histoires, il nous faisait comprendre qu’il n’existait pas une seule façon de construire sa vie.
Mais ce qui le rendait vraiment différent, c’était sa manière d’enseigner. Il concevait certains de ses cours presque comme des séances de cinéma.
Je me souviens qu’un jour, l’un de mes camarades lui avait lancé que les grands auteurs dont il nous parlait, on ne les voyait pas dans les films de Spielberg. Avec un autre professeur, la remarque aurait peut-être été balayée. Avec lui, elle pouvait devenir le point de départ d’un cours.
C’était sa manière de nous transmettre la littérature : partir de notre univers pour nous emmener vers le sien. Transformer les mots en images, faire vivre les auteurs et nous montrer qu’un livre pouvait nous transporter aussi loin qu’un film.
Avec lui, un cours de français pouvait devenir une séance de cinéma dans notre tête.
C’est notamment avec lui que j’ai découvert Voltaire, qui reste l’un de mes auteurs préférés. Lorsqu’il nous parlait de Baudelaire, il pouvait partir d’un texte qui nous paraissait presque impossible à comprendre et, progressivement, faire apparaître derrière les mots des images, des idées et des interrogations.
Il ne nous apprenait pas seulement à comprendre un texte. Il nous apprenait à regarder derrière les mots, à faire travailler notre imagination et, surtout, à conserver notre esprit critique.
Je crois qu’une partie de mon envie d’écrire s’est construite là.
Lucky Luke, Bob Dylan et l’imaginaire du western
Depuis l’enfance, deux univers qui peuvent sembler très différents se sont mélangés dans mon imaginaire : Lucky Luke et Bob Dylan.
D’un côté, il y avait l’Ouest de Lucky Luke, ses villes poussiéreuses, ses personnages excessifs, ses bandits, ses notables et cet humour capable de transformer les travers de la société en aventures.
De l’autre, il y avait Bob Dylan, ses chansons, ses histoires, ses personnages, sa liberté et cette capacité à faire surgir tout un monde avec quelques mots.
Sans que je puisse forcément l’expliquer à l’époque, le western, les personnages, la musique, les mots et la satire commençaient déjà à se rencontrer dans mon imagination. Avec le recul, je retrouve une partie de ce mélange dans ce que j’écris aujourd’hui.
La satire, l’aventure et la liberté
Je lisais aussi Boris Vian et j’écoutais beaucoup Renaud.
Et puis il y avait Astérix, que j’ai toujours adoré. Derrière les aventures, les Romains, les bagarres et l’humour, j’y retrouve quelque chose qui m’a toujours fasciné : toute une population de personnages dont les comportements ressemblent parfois étrangement à ceux de notre paysage politique et social, passé comme présent.
Les époques changent. Les costumes changent. Les empires changent. Mais l’ambition, l’orgueil, les rivalités, les querelles de pouvoir et les absurdités humaines restent étonnamment familiers.
C’est toute la force de la satire : nous faire rire d’un autre monde et, soudain, nous faire reconnaître le nôtre.
J’aime également Tintin pour le voyage, l’aventure, les pays lointains et la découverte d’autres civilisations.
La littérature, la bande dessinée et la musique m’ont finalement appris la même chose : une histoire peut divertir tout en racontant quelque chose de beaucoup plus profond. Faire sourire, parfois rire, puis laisser derrière le rire une question.
C’est probablement de là que vient mon goût pour la satire et les contes philosophiques.
Les livres comme voyages
Certains livres ne vous quittent jamais vraiment. Je me souviens notamment des Cavaliers de Joseph Kessel, que l’on m’avait offert.
Ce livre m’a marqué, comme m’ont toujours fasciné l’aventure, les voyages et la découverte des civilisations. Découvrir d’autres cultures, d’autres façons de vivre et d’autres manières de penser permet de mieux comprendre les autres. Cela permet aussi de regarder différemment notre propre société.
Les Fables de La Fontaine, les contes philosophiques, Voltaire ou encore Montesquieu font également partie de mes influences.
Certains textes de Montesquieu, notamment lorsqu’il parle du commerce et des relations entre les peuples, pourraient presque avoir été écrits aujourd’hui.
Les siècles passent, les décors changent, mais les comportements humains beaucoup moins.
Quand il ne reste plus rien
Il y a aussi eu des moments dans ma vie où je n’ai plus rien eu. Parfois même plus de quoi écrire.
Pourtant, les histoires ne disparaissaient pas. Alors je continuais à écrire dans ma tête. Je portais les livres que j’avais envie d’écrire, parfois longtemps, en attendant simplement le moment où je pourrais de nouveau poser les mots sur le papier.
J’ai été déshérité.
C’est une partie de mon histoire que je raconte dans Nous étions deux.
Lorsque quelque chose comme cela vous arrive, vous pouvez rester prisonnier de ce que vous avez perdu ou essayer de le transformer.
Pour moi, transformer ce qui m’arrive en quelque chose de positif est parfois la seule possibilité qui reste.
Il y a eu des périodes où beaucoup de choses avaient disparu autour de moi. Mais il me restait mes histoires. Et dès que j’avais de nouveau un stylo, je pouvais recommencer.
Le stylo était parfois la seule chose qui me restait.
Avec le temps, j’ai compris que l’écriture pouvait aussi servir à cela : prendre une épreuve, une injustice, une séparation, une colère ou un souvenir et essayer d’en faire autre chose. Non pas effacer ce qui s’est passé, mais le transformer.
En une histoire. En un personnage. En quelques pages. En une chanson. Parfois en un livre.
Nous étions deux est aussi né de cette volonté : raconter, transmettre et transformer une partie de ce qui m’est arrivé en quelque chose qui puisse être partagé.
On peut perdre des objets, de l’argent, une situation ou une partie de ce que l’on pensait recevoir un jour. Mais tant qu’une histoire reste dans votre tête, elle existe encore.
Et tant qu’il reste un stylo, on peut toujours commencer à écrire la suite.
La politique, une satire permanente
Et puis il y a la politique.
Pour quelqu’un qui aime observer les comportements humains, c’est une source d’inspiration presque inépuisable. Les rapports de pouvoir, les ambitions, les promesses, les contradictions, les petites lâchetés, les grandes certitudes et parfois l’absurdité des situations constituent une satire permanente.
On peut en rire. On peut s’en indigner. Mais on peut surtout s’en servir pour raconter.
Inventer des personnages, exagérer certaines situations et déplacer la réalité dans un autre univers permet parfois de montrer ce que nous ne remarquons même plus dans notre quotidien.
C’est aussi de là que vient une partie de l’univers de Cannibal Western.
Un monde imaginaire, des personnages parfois improbables, de l’humour et de l’absurde, derrière lesquels on peut pourtant reconnaître certains comportements qui appartiennent bien à notre monde.
Mais l’écriture peut aussi m’emmener complètement ailleurs. Elle peut me ramener vers quelque chose de beaucoup plus intime : l’enfance, la famille, la fraternité, la séparation, les souvenirs et ce que la mémoire conserve lorsque le temps passe.
C’est cet autre voyage qui a notamment nourri Nous étions deux.
Deux livres très différents en apparence, mais qui viennent finalement du même endroit : de ce que je vois, de ce que je ressens et de mon besoin de le raconter.
Écrire, voyager et partager
J’ai toujours été attiré par les voyages, les autres cultures et surtout les rencontres.
J’aime beaucoup le Canada, notamment à travers les Canadiens que j’ai eu la chance de rencontrer en France. Ces rencontres m’ont donné une affection particulière pour ce pays et pour les gens qui y vivent.
J’adore également le Portugal, un pays auquel je suis particulièrement attaché.
Alors forcément, l’idée que mes livres puissent aujourd’hui voyager à leur tour me touche.
Savoir qu’un lecteur au Canada, au Québec, au Portugal, en Belgique, en Suisse ou ailleurs peut découvrir ce que j’écris donne une autre dimension à l’écriture.
Pendant longtemps, les livres m’ont permis de voyager. Aujourd’hui, ce sont peut-être mes livres qui peuvent voyager sans moi.
Et si quelqu’un à des milliers de kilomètres peut entrer dans une de mes histoires, rire d’un personnage, reconnaître une émotion ou simplement partager pendant quelques heures ce que j’ai imaginé, alors quelque chose s’est passé entre nous malgré la distance.
C’est probablement l’un des plus beaux voyages que puisse faire un livre : passer d’une imagination à une autre.
Écrire est un voyage permanent
Finalement, toutes ces influences et toutes ces expériences se rejoignent.
La littérature, la bande dessinée, la musique, l’aventure, les voyages, la politique, l’humour, la satire, mais aussi la mémoire, les rencontres et les histoires personnelles participent au même besoin : regarder le monde et essayer de le raconter à ma manière.
Je suis toujours incapable de dessiner correctement ce que je vois avec un crayon. Alors je le dessine avec des mots.
Lorsque j’écris, je peux retourner dans mon enfance, traverser une autre époque, partir à l’autre bout du monde ou inventer une ville perdue dans l’Ouest peuplée de personnages improbables.
Et même lorsque je n’ai ni papier ni stylo, je peux continuer à écrire dans ma tête.
C’est peut-être cela, finalement, la liberté que m’a donnée l’écriture.
Personne ne peut m’empêcher d’imaginer.
Je peux prendre quelque chose de réel, de douloureux, d’absurde ou de drôle et essayer d’en faire une histoire, un personnage, une chanson ou un livre.
Je peux voyager sans partir.
Et aujourd’hui, mes livres peuvent peut-être faire le chemin inverse : partir sans moi et rencontrer ailleurs des lecteurs que je ne connaîtrai peut-être jamais.
Si les mots parviennent à créer les images que j’avais dans la tête et à les faire apparaître dans celle d’un lecteur, alors le voyage est réussi.
C’est pour cela que j’écris.
Parce qu’écrire est ma façon de dessiner ce que je vois.
Parce que, parfois, un stylo a été la seule chose qui me restait.
Parce que j’espère aussi que ce que j’écris peut faire réfléchir, questionner certaines certitudes et, peut-être, réveiller quelques consciences.
Je ne cherche pas à dire aux autres ce qu’ils doivent penser. J’espère simplement qu’une histoire, un personnage, une situation ou quelques mots peuvent parfois donner envie de regarder les choses autrement.
Faire rire, émouvoir, déranger parfois, mais surtout laisser quelque chose après la dernière page.
Et parce qu’écrire est un voyage permanent.
Les œuvres
Nous étions deux · Cannibal Western
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